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Les dispositifs cliniques de la pratique psychanalytique avec les enfants et les adolescents

titre

15 septembre 2021

Responsables

Réal Laperrière, psychologue et psychanalyste

Eveline Gagnon, psychologue

Descriptif

En 1905, Freud publie les Trois essais sur la théorie sexuelle, dans lesquels il pose les bases de sa théorie pulsionnelle de l’appareil psychique. De même qu’avec le cas de l’Homme aux rats (1909), il propose une distinction fondamentale entre l’enfantin et l’infantile. Sa perspective sur le développement psychique de l’enfant repose alors sur ses observations et déductions provenant d’analyses menées auprès d’adultes. Comme le dit Laurence Kahn (2018), l’enfant dont il est alors question est un enfant théorique, et non pas un enfant observé ni soigné. Mais en 1908 il entreprend l’observation du petit Hans, fils d’un de ses disciples, afin d’étayer les hypothèses élaborées dans ses Trois essais. Celle-ci se transformera en traitement analytique d’enfant, premier dans l’histoire de la psychanalyse, à partir du moment où ce petit garçon de 5 ans développera une phobie. Cette cure sera effectuée par le père, sous la supervision de Freud, qui ne rencontrera Hans en personne qu’une fois.

Le travail avec les enfants est donc contemporain des débuts de la psychanalyse. On peut penser aussi au cas d’Arpad, 5 ans, le « petit homme-coq », suivi par Ferenczi (1913) à la suite d’un épisode psychotique passager lié à un choc post-traumatique.

En 1920, Freud relate l’observation du jeu effectué par son petit-fils d’un an et demi, le jeu de la bobine, et découvre la fonction de l’activité ludique dans le développement psychique de l’enfant. Il ouvre peut-être ainsi la voie à Mélanie Klein qui imaginera dans les années suivantes un dispositif analytique dans lequel le jeu spontané de l’enfant avec de petits jouets sera considéré comme l’équivalent de l’association libre dans les analyses avec les adultes. Klein mène par ailleurs certaines de ses analyses d’enfant au domicile et dans la chambre du patient. Après elle, Winnicott aura aussi recours au jeu pour favoriser le développement psychique dans le cadre de ses consultations pédiatriques auprès des bébés (ex. : jeu de la spatule). Avec des enfants plus âgés, il imaginera le jeu du squiggle lors de « consultations thérapeutiques ». Avec la petite Piggle, deux ans et demi, Winnicott mettra en place des séances très espacées, mais pouvant durer jusqu’à une heure et demie, tout en recevant de sa mère des comptes-rendus hebdomadaires sur son comportement.

On voit donc comment les aménagements du cadre de la cure-type (durée, fréquence et lieu des séances, utilisation de différentes médiations, interventions de tiers) ont été au fondement de la pratique psychanalytique auprès des enfants, et aussi des adolescents. Ils ont donné lieu avec les années à une grande variété de dispositifs : consultations mère-bébé, psychodrame individuel ou de groupe, art-thérapie, psychothérapie de groupe ou en groupe, thérapie familiale… autant de pratiques créatives nécessitant une mise à l’épreuve constante de la théorie. Une question demeure, et qui servira de fil conducteur à ce nouveau séminaire : comment maintenir, à travers ces différents aménagements et dispositifs, une véritable situation analytique avec l’enfant et l’adolescent? C’est à dire qui, au-delà de la disparition du symptôme, offre au sujet la possibilité « d’investir dans ses propres sources de plaisir, de renoncer à certaines positions entravantes ou de les transformer, de modifier les buts de l’activité pulsionnelle de telle sorte que de nouveaux objets soient investis » (Laurence Kahn, p.123)[1].

Modalités

Ce séminaire aura une double inscription institutionnelle. D’abord en tant que séminaire continu de la SPM et donc ouvert à ses membres et aux analystes en formation à l’IPM. Mais également comme séminaire offert aux psychologues, doctorants et internes du Centre de psychologie Gouin., et se tenant dans ses locaux. Nous avons souhaité un séminaire « hors les murs » de la SPM, inscrit dans un lieu de soin et permettant la rencontre et le travail en commun de cliniciens de provenance variée, mais intéressés par la psychanalyse des enfants et des adolescents. C’est pourquoi certaines places seront réservées pour des cliniciens extérieurs à la SPM et au CPG. Nous espérons ainsi nous inscrire dans la filiation du séminaire qu’a tenu le Docteur Jean Bossé pendant plus de quarante ans au Pavillon Albert-Prévost et ce, tant par sa double inscription institutionnelle que par sa méthode, associative et clinico-théorique.

Nous souhaitons travailler en groupe d’environ douze participants, à partir de discussions sur des textes et de matériel clinique apporté par les participants. Les intéressés devront donc y avoir une participation active, un désir de soumettre leur travail clinique au groupe et le souci d’articuler la clinique à la théorie. Nous serons ouverts à la lecture de différents auteurs, mais donnerons une place privilégiée aux textes freudiens en tant que fondements de la théorie, de la méthode et de la pratique psychanalytique.

 

[1] Kahn, Laurence (2028) La psychanalyse des enfants dans Fiction et vérité freudiennes. Paris : Les Belles Lettres